Partant du postulat que les images et les gestes du quotidien structurent et maintiennent notre monde, c’est par le recours au déplacement en tant que révélateur privilégié qu’apparaît la simplification de l’espace quotidien. Dans les interstices qui relient mais aussi séparent fixité et mouvement, présence et absence, figuration et abstraction, s’immisce une temporalité tangible. Cet entre-deux, créateur d’un exil nomade dans une narration hors champ, déclenche alors une contemplation dérangeante.

 

Un gros plan sur le visage d’un dormeur, le défiler des paysages sur les vitres du train, l’observation sauvage des occupants d’un jardin public : la recherche du détail occasionne immanquablement la transition d’un voyeurisme individuel au partage d’une histoire collective. Suspendu dans le continuum du réel, une fois toutes les références identitaires et sociales extraites de leurs contextes, c’est à l’ordre de la force des couleurs et des sons que l’on est confronté, et non plus des apparences, semblant ennuyeuses. Il s’agit alors de dépasser les limites de notre environnement pour aller au-delà des formes habituelles de perception et de sensation. L’étude de moments de vide où le temps parait à l’arrêt permet alors d’interroger notre rapport au monde.